mercredi 27 mars 2013

Critique de Grant Morrison présente Batman 3 : Nouveaux Masques


Informations : 


Contenu VO : Batman & Robin #1-9 ; Final Crisis #6-7
Scénario : Grant Morrison : 
Dessin : Frank Quitely ; Philip Tan ; Cameron Stewart
Éditeur : Urban Comics
Date de publication : 26 octobre 2012
Pagination : 272 pages
Prix : 22.50€

Synopsis : 


Bruce Wayne est mort ! Gotham ne peut rester sans protection et c'est à Dick Grayson et Damian Wayne de reprendre le flambeau sous les masques de Batman et Robin ! Leur baptême du feu ne se fera pas sans heurts et ils devront bien vite affronter les menaces du Professeur Pyg, du Red Hood et d'un Bruce Wayne zombie !

Critique


Le roi est mort, vive le roi ! Batman est mort, Bruce Wayne n'est plus ! Gotham est orpheline de son Chevalier Noir. Le crime est libre de se développer. Mais la ville peut-elle rester sans protection ? Bien sûr que non. C'est pour cette raison que très vite Dick Grayson (le premier Robin devenu Nightwing) ainsi que Damian Wayne, fils de Bruce, deviennent respectivement les nouveaux Batman et Robin ! Et ce volume regorge de renouveau ! Grant Morrison poursuit son oeuvre et transforme l'univers de Batman dans ce volume.
Nouveaux Masques constitue la suite logique des aventures de Batman mais ce n'est pas pour autant une suite directe. En effet, plusieurs évènements se produisent avant ce récit. Tout d'abord le crossover Final Crisis où on assiste à la mort de Batman/Bruce Wayne de la main de Darkseid. Ensuite, la Bataille pour la  Cape, qui narre les faits qui ont forcé Dick Grayson à devenir le nouveau Batman et qui explique l'éviction de Tim Drake de la Bat-family. Il est donc préférable d'avoir lu ces histoires pour apprécier et comprendre pleinement ce qui suit. Néanmoins, le volume démarre avec une bonne introduction qui explique la mort de Batman et contient même quelques pages (les plus essentielles) de Final Crisis.
L'histoire est simple : à la suite de l'évènement Final Crisis, qui a vu le meurtre de Batman/Bruce Wayne par Darkseid, Dick et Damian composent le nouveau Dynamic Duo. Ils affrontent ainsi successivement de nouveaux ennemis tels le Professeur Pyg, d'autres anciens (Jason Todd) et collabore avec des membres de Batman Inc.

Grant Morrison dévoile ses plans dans ce volume. Premièrement il écarte Bruce Wayne en provoquant sa mort. Puis il introduit de nouveaux Batman et Robin. Et c'est là que tout devient intéressant. Bien qu'au début on est tenté de croire que ce duo ne fonctionnera pas car rien ne vaut le véritable Batman, le scénariste nous surprend en introduisant un souffle réjouissant au récit. La relation Dick/Damian fonctionne à merveille, avec le premier qui tente d'inculquer les valeurs de Justice au second, bien plus réticent à suivre les traces de son père à la lettre. Damian a d'ailleurs du mal à devenir le nouveau Robin et voir Dick porter le costume de son père. Il se considère comme l'héritier du trône vu qu'il est son fils. Dick Grayson a par ailleurs du mal à porter le fardeau du Chevalier Noir et a beaucoup de doute à être la personne qu'il faut. A leur manière, chacun des deux protagonistes est hanté par le fantôme de Bruce et a du mal à faire honneur à sa mission. Les rôles sont d'ailleurs inversés : Robin est le justicier déterminé et combatif tandis que Batman devient l'homme en retrait qui sert de conscience au duo. Mais toute change à partir de cette histoire. Exit donc le ton sérieux et tragique de Batman R.I.P. et place à l'humour et la fantaisie. Nouveaux Masques est aussi l'occasion de découvrir de nouveaux ennemis, plus loufoques les uns que les autres. Le Professeur Pyg est un créateur de drogue aux tendances sado-masochistes, Flamingo est un tueur sadique habillé de rose, et Jason Todd reprend le costume de Red Hood et l'attitude de criminel fantasque. Mais Grant Morrsion joue aussi sur l'affection que Dick portait à Bruce et pose une problématique intéressante : peut-on ramener les morts à la vie ? Doit-on ramener les morts à la vie ? Quelles en seraient les conséquences ?

Dans ces épisodes de Batman & Robin, plusieurs dessinateurs se partagent la tâche. On commence avec Frank Quitely qui livre des pages au début surprenantes mais l'oeil s'habitue très vite à ce style au trait "granuleux". Le cadrage reste très réussi et apporte beaucoup de dynamisme à l'action. On remarque aussi quelques pépites telles que cet éclat de sang qui forme un "bang", formant à la fois un détail de mouvement et un onomatopée. La partie artistique se poursuit avec Philip Tan qui apporte un tout autre style. Son trait détaillé et son jeu d'ombre et de lumière sont plaisants mais le trait devient parfois trop épais et une sensation de confusion apparaît, rendant quelques cases un peu brouillon. Cameron Stewart livre la dernière fournée et on change encore de style ! Des dessins très simples, des expressions peu variées et quelques cases particulièrement dynamiques caractérisent sa façon de dessiner.

Urban Comics poursuit sa collection Grant Morrison présente et ne change rien. Une bonne introduction présentant comme il faut les personnages présents dans le récit, un court résumé des évènements précédents ces pages et une multitude de bonus en fin de volume ! Au programme cette fois : croquis, recherches d'illustrations, notes des artistes, couvertures originales, biographie des auteurs... J'attribue une mention spéciale à la recherche du logo !

Ce Grant Morrison présente Batman 3 : Nouveaux Masques porte son titre de plein droit et en toute logique, offrant une nouvelle vision du Dynamique Duo dans un récit plein d'action, d'humour et de problématiques intéressantes pour la suite. Un travail rédactionnel satisfaisant, des bonus bourrés d'intérêt et la révélation de la dernière page finissent par convaincre !

lundi 28 janvier 2013

Critique de Wolverine : Ennemi d'Etat


Informations :


Contenu VO : Wolverine (Vol. 3) #20-31
Scénario : Mark Millar
Dessin : John Romita Jr
Éditeur : Panini Comics
Date de publication : 10 octobre 2012
Pagination : 304 pages
Prix : 16.30€

Synopsis :


Sous l'emprise de la Main, Wolverine taillade allègrement amis et ennemis... jusqu'à la mort d'un X-Man ! Mais dans ce déchaînement de violence, le plus féroce des mutants de la planète résistera-t-il au regard tueur de Gorgone ?

Critique :


Le nabot griffu pointe le bout de ses poils et ça va trancher ! Wolverine : Ennemi d'Etat est un récit qui fait rêver. A commencer par la tête d'affiche : Mark Millar au scénario, John Romita Jr au dessin et Wolverine en personnage principal. L'équation produit une histoire dingue, pleine de rebondissements et d'humour, mais aussi assez violente. Mais que voulez-vous, Logan est un vrai boucher. Et dans cette histoire il se lâche totalement, même si on l'aide un peu. En effet, lors d'une enquête sur la disparition du fils d'amis japonais, le mutant est pris en embuscade par une secte mutante japonaise, dirigée par Gorgone, un mutant qui a le même pouvoir que son modèle mythologique. Placé sous le contrôle mental de la Main, alliée à la secte mais aussi à l'Hydra, Wolverine est renvoyé contre le S.H.I.E.L.D. et la communauté super-héroïque.

Mark Millar offre dans ce récit une bonne occasion à Wolverine de montrer pourquoi il est "le meilleur dans sa partie". Il pose aussi une question intéressante : que se passe-t-il quand Wolverine devient dingue et se met à attaquer tout le monde ? Réponse : des cadavres à la pelle et le S.H.I.E.L.D. qui fait dans son froc ! Le scénariste a découpé son récit en deux story-arcs directement liés : Ennemy of the State et Agent of S.H.I.E.L.D. La première partie ne présente pas grand intérêt, si ce n'est de poser les bases et d'enchaîner les assauts de Wolverine, en faisant ressortir son côté de prédateur animal. Le seul point positif serait peut-être de voir Logan prisonnier de son corps et agissant contre sa volonté. Mais en même temps c'est une idée si basique ! Tout devient beaucoup plus intéressant dans la seconde partie, après que Wolverine ait tué un X-Man et été récupéré par le S.H.I.E.L.D. Mark Millar nous présente alors un Wolverine parti en croisade, ce qui nous remet à l'esprit à quel point il peut être téméraire et sadique. Et là, ce n'est plus Wolverine qui se lâche mais Millar. En effet, le scénariste nous livre un mutant ultra "badass" dans une action proche d'un jeu vidéo avec le système de niveaux et de boss de plus en plus puissants. Mais le scénariste se met aussi à faire dans l'excès et le (trop) exagéré. Le griffu est donc mis sur un piédestal, devenu un homme capable de tuer des dizaines de milliers de ninjas à lui tout seul. De même, Gorgone semble être un ennemi imbattable et surpuissant, tellement que ça en devient ridicule. Et puis quelle idée de lui faire faire des choses avec la vieille Von Strucker ! Néanmoins, le scénariste prend le parti de montrer quelque chose qui est souvent vrai dans l'univers Marvel : un S.H.I.E.L.D. inutile, désemparé et inefficace. Si certains n'en étaient pas encore convaincu, Millar vous le prouve ! Ennemi d'Etat a aussi l'avantage de faire croiser tous les principaux personnages Marvel tels que Captain America, Nick Fury, les Quatre Fantastiques, Elektra, Daredevil, les X-Men et même Spider-Man. La fin est le seul moment de drame qui fait réfléchir et rajoute aussi à la constante de l'homme en peine. Mark Millar nous rappelle donc que même si Wolverine est une arme vivante, c'est avant tout un homme à la vie des plus tragiques.

John Romita Jr dessine l'intégralité de l'action. Son style unique peut aujourd'hui en rebuter quelques uns, car la qualité de son trait a baissé. Mais ce récit datant de 2005, le talent est encore au rendez-vous. Les expressions des personnages sont donc correctes, de même que la représentation de l'action, et les décors sont aussi très bien travaillés. Cependant, on ne peut pas s'empêcher de remarquer que dans certaines cases, le dessinateur a fait le choix de prendre des raccourcis et de faire au plus simple. On a donc parfois des personnages au second plan dessinés au strict minimum (comprenez un rond pour la tête, et de simples traits pour les yeux et la bouche) ou des décors parfois vides ou même carrément pas dessinés ! Et ça n'engage que moi, mais les doigts carrés et plats je ne les supporte pas. Malgré tout, chaque épisode se termine sur une pleine plutôt bien travaillée (mention spéciale au portrait de Von Strucker). Romita Jr nous offre aussi quelques double-pages impressionnantes qui servent bien l'action correspondante. C'est donc un dessin mitigé, avec de bonnes choses mais aussi des défauts qu'on ne voudrait pas voir, que renferment ces pages.

Niveau édition, Panini Comics a fait quelques efforts. Une introduction de Garth Ennis accueille le lecteur, suivi d'un découpage en chapitres. Les couvertures originales et variantes sont présentes, mais placées de façon irrégulière dans les pages. Enfin, une courte biographie sur les auteurs complètent le tout.

Wolverine : Ennemi d'Etat est donc un récit à la hauteur du personnage, avec une action simple, pleine d'énergie et de violence. Pas de grands bouleversements ni de réflexions poussées mais juste des griffes d'adamantium qui tranchent tout sur leur passage. Certes, ça fait du bien quelquefois, et c'est le personnage qui veut ça, mais on regrette que Wolverine soit condamné à ne vivre que des aventures de ce genre, aussi plaisantes soient-elles.

mardi 15 janvier 2013

Critique de Nightwing 1 : Pièges et Trapèzes


Informations

Contenu VO : Nightwing Vol. 1 : Traps and Trapezes (Nightwing #1-7)
Scénario : Kyle Higgins
Dessin : Eddy Barrows ; Eduardo Pansica ; Trevor McCarthy
Éditeur : Urban Comics
Date de publication : 2 novembre 2012
Pagination : 160 pages
Prix : 15€

Synopsis : 

Dick Grayson, le premier Robin, est de retour sous le costume de Nightwing. Enfant de la balle, il utilise son héritage pour financer le cirque Haly, dans lequel il grandit jusqu'à la mort de ses parents, victimes d'un accident de trapèze. Alors que la troupe érige son chapiteau à Gotham City, Dick est agressé par un mystérieux assassin. Son enquête l'amène alors à replonger dans un passé qu'il aurait préféré oublier. 

Critique : 


Nightwing est de retour ! Dick Grayson, l'homme sous le masque, fut le premier Robin. En grandissant, le garçon s'est émancipé de la figure protectrice de Batman pour devenir un héros à part entière. A l'occasion des New 52, DC Comics a créé une nouvelle série Nightwing, maintenant disponible en France sous le label Urban Comics. Nouvelle série, nouveau costume pour le héros, comme le prouve la couverture de ce volume, intitulé Pièges et Trapèzes, à juste titre !
Dans cette histoire, Dick Grayson, qui remplaça Batman pendant un an (voir Grant Morrison présente Batman 3 : Nouveaux Masques), peut enfin reprendre son costume de Nightwing, et par extension redevenir lui-même, loin des lourdes responsabilités de l'Homme Chauve-souris. C'est sans compter le retour à Gotham du Cirque Haly, au sein duquel Dick a passé toute son enfance avec ses parents acrobates, avant d'assister à "l'accident" qui a provoqué la mort des Flying Grayson. Dick essaie donc douloureusement de renouer avec la troupe qu'il n'a jamais revu depuis le drame. C'est alors qu'un mystérieux assassin tente de tuer Dick, car selon l'agresseur notre héros serait "le plus féroce tueur de Gotham sans le savoir". Le jeune homme mène donc parallèlement l'enquête sous le costume de Nightwing. Très vite il découvre de mystérieux secrets entourant son enfance et le passé du Cirque Haly.

Kyle Higgins tient le rôle du scénariste et il nous soumet une histoire intéressante. Les éléments fondateurs (le retour de Nightwing, l'arrivée du Cirque, l'attaque du tueur) sont rapidement amenés dans le récit, mais de façon simple et compréhensible. Une fois cette étape terminée, l'action s’enchaîne très vite avec la mort du directeur du Cirque et les secrets sont révélés au goutte à goutte, ce qui apporte un certain suspens au récit. Higgins a la bonne idée de placer Dick Grayson dans une situation des moins confortables. Le retour du cirque fait naître chez lui une certaine anxiété, ses relations avec les membres de la troupe (tous de vieux amis) sont parfois difficiles et cette enquête sur le tueur lui révèle un passé des plus troublants. Toutefois, on remarque une "pause" dans la trame principale. En effet les épisodes #4 et#5 accueillent respectivement une aventure avec Batgirl et une lutte contre un démon. L'histoire principale reprend cependant au #6 et se termine correctement sur le #7 qui fait un écho direct à la fin de Batman 1 : La Cour des Hiboux. Ce récit a donc plusieurs atouts. Le premier est centré sur l'intérêt du personnage de Nightwing lui-même : une volonté de donner du background rapidement à la série, de fournir une histoire psychologique intéressante pour le héros qui retrouve le cirque de son enfance des années après le drame qu'on connaît. Le deuxième atout réside dans l'intérêt porté à la Bat-family en général : puisque que cette série est particulièrement liée à Batman, les fins des albums respectifs sont identiques, ce qui a pour avantage de "caler" les séries sur un rythme parallèle, dans le but de préparer le crossover La Nuit des Hiboux (bientôt disponible en France).

Eddy Barrows a le rôle du dessinateur principal. Et c'est un très joli travail qu'il nous offre. Ses représentations de Nightwing sont superbes et très variées. C'est un plaisir de voir le héros dessiné aussi bien en pleine acrobatie dans les airs, ou veillant sur Gotham sous la pluie. De plus, Barrows ajoute parfois des scènes de chronophotographie lors des longues acrobaties de Nightwing, ce qui est un vrai plus ! Le dessinateur réussit aussi la représentation de l'action et des combats, et ses effets physiques sont très bien réussis. Un bon jeu d'ombre et de lumière également. Un petit point noir néanmoins, les expressions faciales sont parfois ratées. D'un point de vue général, ce style de trait, dans ses forces comme dans ses faiblesses, me rappelle pour ma part celui de Jan Duursema. Trevor McCarthy s'occupe de dessiner le 4ème épisode. Un style graphique qui change radicalement avec celui de Barrows. En effet, son trait presque cartoonesque peut en dérouter certains mais s'il on y est habitué cela ne créera pas de problèmes, d'autant plus qu'il ne s'agit que d'un seul épisode.

Niveau édition, Urban Comics nous présente un volume soigné, comme d'habitude. Les couvertures originales sont au programme. Malheureusement, seul une unique couverture alternative est donnée à titre de bonus. Autrement dit, il vaut mieux considérer qu'il n'y en a aucun ! Une légère déception à ce niveau là...

Nightwing 1 : Pièges et Trapèzes est donc un bon récit, particulièrement intéressant pour le personnage et pour la Bat-family, avec de très belles illustrations. On attend la suite avec impatience...